Moins de 4 heures

Retour sur un défi personnel, souvent espéré, enfin réalisé.

Mars 2015, après une belle saison de courses d'orientation nocturne (20 à 30 km), je me lance dans un beau défi : préparer un marathon. Je fais simple, je prends le plus proche de chez moi et qui se trouve dans des délais suffisants pour pouvoir le préparer correctement, y compris en y intégrant quelques raids pour le fun et qui porte un nom évocateur : le Marathon de la Liberté ! Avec une arrivée triomphale au Mémorial de Caen : tout un programme, je m'y vois déjà...

Un peu de préparation physique : Un petit plan d'entrainement de 12 semaines, basé sur 4 sorties pas semaine en main qui comprend : une sortie longue (de 1h au début à 2h30 en fin de cycle), une sortie VMA (pour améliorer la vitesse de course), une sortie au seuil (pour tenir longtemps l'allure marathon), une sortie récup d'assimilation entre deux séances dures.

Sur le déroulement du plan, je commence à me connaitre, je me base sur un plan de 4h, j'ai été capable de faire mieux, mais je prévois un peu plus large. Je sais que je peux tenir un effort sur une durée similaire, mais pas en course à pied continue. Au final, j'ai très souvent réussi à faire 3 séances par semaine, parfois 4, rarement moins de 3. Et je n'ai pas refusé quelques sorties VTT en plus et même la participation à un ou deux raids, mais parfois en mode cool, pour le plaisir de partager de bons moments entre potes.

Le circuit : Ce marathon n'a pas la réputation d'être facile (sans non plus être difficile), puisque les 20 premiers km sont en bord de mer ou de canal donc plutôt roulants, et quand ça commence à bien chauffer, on commence les faux-plats montants et les bosses casse-pattes.

Jour J : 14 juin 2015.

Le départ est prévu pour 9h de mémoire, mais j'ai 3/4h de route et il faut prendre un bus pour rejoindre le départ à Courseulles/mer. J'anticipe bien et je me retrouve sur place avec presque 2 heures d'avance. Je tourne en rond comme un c... jusqu'à pouvoir prendre les premières navettes et être sur place 1h avant le départ. Je retrouve quelques têtes communes et la pression monte doucement.

Départ

Il y a une ambiance de folie : tout le monde trépigne, j'ai mon programme en poche avec les temps de passage tous les 2 km, et je me calle dans le paquet derrière les meneurs d'allure du 4h. Ca aide. Coup de pistolet, on met bien 2 minutes avant de franchir l'arche de départ tellement, il y a de monde (1200 finishers). Et là, c'est l'euphorie ! tout le monde gueule dans tous les coins, avec la banane ! Des mois de préparation, de séances où tu craches tes poumon,s où tu te fais violence pour tenir le rythme et enfin, avec une dernière semaine plus soft, tu y es ! T'es en manques d'adrénaline et tu as enfin l'occasion de courir et de te faire plaisir, si tu sais bien gérer ta course.

10 km : que du bonheur !

Il fait un temps magnifique ! Beau, mais pas trop chaud. Des ravitos tous les 5 km, de quoi s'arrêter, boire un coup, manger un truc et repartir. Le tempo est bon, je me cale derrière le deuxième groupe avec un meneur à 4h, mais trop gêné par la masse des coureurs, je décide de me placer avec d'autres entre les deux meneurs de 4h (une meneuse devant, un meneur derrière), séparés de 200-300m environ. On est dans les temps, même un poil en avance et tout le monde se poile. Ca déconne bien dans le peloton, on sympathise, on rigole, on discute (C'est ton premier, tu l'as déjà fait ?). On en double certains, qui nous rattrapent 5 min plus tard. Mais on est stable et le rythme est bon.

Allure et temps de passage

20 km : petite interrogation

Passés les 10 premiers km, on traverse les charmants villages de la côte et je commence à trouver que la meneuse des 4h sensée être devant nous parait bien loin, tellement loin qu'on ne la voit plus, et que celui des 4h est derrière nous. Après interrogations des autres coureurs, on apprend que la meneuse était partie trop vite et qu'elle s'est arrêtée lors d'un ravito pour rejoindre l'autre groupe derrière nous. Résultat, on est plutôt sur un rythme de 3h50 au vu de notre allure. Bon, tout va bien, ce n'est pas pour nous déplaire, mais on ne ralentit pas et on commence à longer le canal après avoir quitté Ouistréham. Mais le paysage commence à être plus monotone, et les écarts se font sentir. On commence à voir quelques "cadavres" qui sont vidés au bord du chemin, incapables d'aller plus loin (manque de préparation ?). Les jambes répondent encore bien.

25km : la bataille commence

Passé le 25e km, on quitte le chemin de hallage et on entre dans les terres. dans la partie qui risque de faire plus mal. Je suis psychologiquement préparé, j'ai compté les bosses, analysé le dénivelé et me suis préparé. Mais à présent qu'il faut aborder la partie dure, je suis physiquement attaqué. Mais je suis bien armé : gel énergétique stimulant et playlist musicale personnelle.

Un petit coup de dope et les oreilles abreuvées de musique speed, je me plonge dans ma bulle et entame les premières bosses. Le rythme est moins soutenu qu'au départ, mais il reste dynamique et j'aborde le 30e kilomètre correctement. Les bosses arrivent petit à petit et je relance comme il faut en me disant qu'une fois la série de bosses passé, il ne restera plus qu'un léger faux plat montant du 35e à l'arrivée. Un camarade de supplice a du mal à tenir le rythme et je l'emmène en relançant le rythme dans les bosses et il s'accroche.

Topographie des 16 derniers kilomètres

35e km : la descente aux enfers

Mais ce qui devait n'être qu'une fin relativement formelle, s'avérera la plus pénible. Passé le 35e km, je me dis que c'est gagné, que je ne me suis pas pris le mur que le reste devrait rouler. Sauf que la fatigue est vraiment là et chaque faux-plat ressemble à une côte de la mort. On ne compte plus les concurrents qui marchent. Mais je m'accroche et je me refuse à marcher, quitte à trottiner avec des pas qui ressemblent à peine à de la course, tellement les pieds sont lourds, on a l'impression d'écraser des insectes à chaque pas, de rouler des épaules pour se donner de l'inertie. Les panneaux kilométriques indiqués en début de parcours se mélangent à ceux du semi-marathon et du 10 km. Alors que je crois atteindre le 39e km, c'est le 36e qui arrive, je suis perdu dans mon décompte. Je ne pense même pas à regarder ma montre GPS qui aurait pu me donner la distance. Je suis dans la douleur et je sers les dents. Mon camarade me lâche vers le 38e en me disant qu'il ne reste que le plus dur : je n'en peux plus. Et on arrive difficilement dans les deux derniers kilomètres dans Caen. Chaque dos d'âne est un supplice, il faut lever les pieds plus que de raison, on se demande vraiment à quoi tout ça sert, mon corps n'arrête pas de me dire : "stop, arrête-toi". Mais je ne regarde plus le chrono, je veux juste finir, peu importe le temps, je n'ai plus l'énergie d'en vouloir plus, juste finir le parcours et que tout ça s'arrête.

40e : la résurrection

Et à l'approche du 40e km, j'entends que ça s'agite derrière moi. Au milieu des souffles rauques et éructations diverses, j'entends que ça se motive, ça s'accroche et je vois le groupe des meneurs de 4h qui s'active et me rattrape. Bordel de bordel, je ne vais quand même pas finir derrière eux, je les avais oubliés ! C'est décidé, je me cale au train, je DOIS finir avec eux. Je me fixe sur les baskets "roses" d'un gars devant moi et je ne le lâche plus. Je n'en peux plus, je suis mort, mais je m'accroche à ces putains de baskets. Les suiveurs d'allure s'encouragent, le meneur annonce même qu'ils sont en avance et félicite tout le monde pour cette course et nous laisse filer devant. Et moi, je n'en peux plus, je me traine comme une loque, dans un style sans doute pitoyable, mais je termine en accélérant à peine, avec la crainte de tomber dans la dernière ligne droite. L'arrivée sous l'arche est assez floue, mais une fois la course terminée, je regarde mon chrono et il annonce moins de 4h : 3h57et quelques. Je suis rincé, blafard, j'entends à peine qu'on me parle, et je ne fais même pas attention à ceux qui sont autour de moi. Je suis vidé, je voudrais pouvoir me relever et que la fatigue s'en aille, mais je suis mort, je ne peux même plus boire. Le coca qu'on me propose se boit à toutes petites gorgées. Mes jambes me portent à peine, je voudrais que tout s'arrête et que je puisse partir, mais je suis incapable de bouger. Il me faudra presqu'un quart d'heure pour quitter l'espace d'arrivée et faire 100m.

Ensuite, ce sont les retrouvailles avec les proches, les copains qui ont fait mieux ou moins bien, les commentaires des uns, des autres, la famille qui me trouve fatigué, pâle. Et moi, heureux, hagard, mais incroyablement satisfait d'avoir réussi à boucler cette distance mythique en moins de 4h.

Tee-shirt de finisher en main, il a fallu ensuite rentrer après avoir pris le temps de manger et boire correctement, mais toujours dopé nageant dans un état euphorique après cet exploit. Oui, je peux enfin dire que je l'ai fait et que j'ai été capable de tenir jusqu'au bout. Certes ça ne sert à rien, c'est juste un défi égoïste et idiot, mais ça regonfle l'ego et ça permet de se fixer d'autres objectifs pour se sentir bien vivant !

Et si c'était à refaire ?

Evidemment que je ne peux que vouloir en refaire un après une course pareil, mais en s'évaluant mieux, en se calant immanquablement dans une zone de confort pour pouvoir finir mieux, moins dans la douleur et avec la possibilité de finir plus fort dans les 5 derniers kilomètres.

Ci-joint le graphique de l'allure calculée au GPS tous les 2km. L'allure de base fixée à 5'40 n'a jamais été respectée dans les 30 premiers kilomètres trop rapides et j'ai payé le prix fort en fin de parcours. Et on voit bien que c'est au 32e que le rythme a baissé, mais sans exploser à des allures de marche comme font certains coureurs. J'ai tenu !

allures-marathon.jpg

Prochaine étape ?

Sans doute une épreuve longue, peut-être pas autant, mais avec une difficulté de dénivelé pour varier l'effort, avec une gestion de l'effort plus intelligente en se disant que le pire est surement devant nous, que la marche est nécessaire pour pouvoir finir. Peut-être un petit tour sur la barjo ? Pour l'instant, j'ai eu envie et besoin de faire un break. Quelques douleurs à la cheville gauche au début de vacances et aussi l'envie de faire autre chose pour repartir plus frais à la rentrée.

Vers le 35e, là où ça commence à chauffer

A suivre pour de prochaines aventures...

Commentaires

1. Le dimanche 17 janvier 2016, 17:11 par Eric

Hey François, je n'osais pas te demander si t'avais repris la course ... et je me suis dis "tiens passe sur son blog" ... waaaa t'es mon héros ! bravo pour la course et surtout pour l'entraînement que ça représente en amont, j'ai une petite idée de ce que ça demande, j'ai accompagné en vélo quelques entraînements d'une marathonienne et j'ai toujours trouvé ça complètement dingue :-()

a+
Éric

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